De Tahiti à Lorient : comment est née La Saponante ?
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Je m'appelle Domitille, je suis ingénieure chimiste, spécialisée dans la chimie des mélanges et la formulation. Et, contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, l'histoire de La Saponante n'a pas commencé à Lorient. Elle a commencé à près de 16 000 kilomètres de là, à Tahiti.
Pendant trois ans, j'y ai vécu et animé des ateliers de fabrication de produits cosmétiques, ménagers et de savons. J'utilisais notamment beaucoup d'huile de coco, que j'allais chercher directement en vrac à l'huilerie locale.
L'idée était déjà là, sans que La Saponante existe encore : utiliser les ressources locales pour fabriquer des produits durables et efficaces.
Le retour à Lorient
En 2023, je suis rentrée vivre à Lorient. J'ai naturellement voulu continuer à fabriquer mes savons ménagers. Mais quelque chose me gênait : faire venir de l'huile de coco de l'autre bout du monde alors que, quelques mois auparavant, j'allais simplement la chercher à l'huilerie voisine n'avait plus beaucoup de sens. J'ai donc cherché quelle pourrait être ma matière première locale en Bretagne.
Et la réponse était finalement assez évidente : les huiles végétales usagées.
Restaurants, cuisines collectives et autres acteurs du territoire en produisent chaque jour. Après leur première vie en cuisine, ces huiles ne sont plus adaptées à l'alimentation ni à la formulation de savons cosmétiques. Mais elles conservent les acides gras nécessaires à la saponification et peuvent parfaitement devenir la matière première d'un savon ménager qui mousse, nettoie et dégraisse.
La Saponante était née.
Du déchet au Savon de Lorient
Aujourd'hui, je collecte ces huiles auprès de partenaires locaux, notamment des restaurateurs et des cuisines collectives du territoire lorientais.
Elles sont filtrées puis transformées par saponification à froid dans mon atelier pour devenir les Savons de Lorient. Un savon ménager solide, efficace, fabriqué à Lorient à partir d'une ressource locale.
Et l'impact dans tout ça ?
Je ne voulais pas simplement affirmer que cette façon de fabriquer était plus écologique. Je voulais le mesurer.
Une analyse de cycle de vie indépendante, réalisée par Lucioles Conseil avec le soutien financier de l'ADEME, a évalué l'empreinte carbone du Savon de Lorient à 51 g CO₂eq, contre 730 g pour un liquide vaisselle classique, soit 93 % de moins.
C'est une donnée importante pour moi : derrière l'histoire et le produit, il y a aussi une démarche que l'on peut mesurer.
Une aventure qui ne fait que commencer
Depuis, La Saponante a reçu le Prix Éco-visionnaires de Femmes de Bretagne, intégré le programme Emergys de la Région Bretagne, et poursuit son développement à Lorient et au-delà.
Mais au quotidien, mon objectif reste finalement beaucoup plus simple :
Fabriquer un produit qui nettoie vraiment, qui dure longtemps et que l'on est fier de laisser à côté de son évier.
Et montrer, savon après savon, qu'une autre façon de fabriquer nos produits ménagers est possible.